de Valeska Grisebach
On s’installe progressivement dans le paysage. L’héroïne, archéologue, creuse et émiette le passé commun, éclaire à force de cercles les zones d’obscurité. Toujours calme, soucieuse mais souriante, faussement cool, on lit à travers elle cette zone liminaire de la frontière géographique et historique, plaque sensible de son visage alternant grand sourire franc et de visage fermé, devant les minus, les hommes, leur montre et leurs combines. « Est-ce que les femmes veulent être seules, pourquoi ont-elles besoin des hommes ? »! Me demandais-je tandis que les 4 vérités sont dites et que la légèreté du quotidien est grévé par la small mafia endémique.
Filmé sans aspérité, plein de micro ellipses pour que le récit avance, et toujours quelque chose à voir : paysage, architectures décaties et petites maisons (=condition de vie), visages (plus que le physique). Jamais la ville, pas vraiment le corps. Des déplacements incessants et cette héroïne un peu proustienne qui épie ce qui se passe, rôde et fait parler. On renoue par petits bouts sans jamais être confronté à l’exclusion du mystère partagé par les happy few
(comme dans Adieu la rue des radiateurs de V Léon, dont on sort en en sachant plus sur la prose de Riboulet que quoi que ce soit d’autre, malgré les belles qualités de mise en scène, qui sont trois crans trop loin de leur sujet, perdu de vue. Chaque plan a sa beauté et son unicité : le long trajet en voiture aux panos accidentés sur la musique, le preneur de son, visage collé en fond sur le visage de Riboulet, comme un plan de France tour détour. Mais ça ne « dit » rien. La volonté de rendre hommage se perd dans ce qui n’est explicité pour personne. La necessité du film reste élégamment dans l’ombre, et cette femme nous reste absolument inconnue, malgré le beau plan bref de la fin.