Film phrases

L’Homme que j’ai tué (Broken Lullaby, 1932)

de Ernst Lubitsch

La statuaire

Le jeune homme est saisi dans des postes. Petrifié, raide comme un mort. Antiquité de la mort qui se fige dans le portrait. Plus mort encore que les autres, moins parce que le mort se serait emparé de lui (au contraire : c’est le vide, la place vide, que s’acharne à capter Lubitsch, mécréant à qui ne reste que le néant de la mort, et les remords) que parce qu’il ne sait pas quoi faire. Sa paralysie se tient au seuil de l’acte. Et les actes (pas les actions), sont au cœur du savoir faire de Lubitsch, qui ne monte que les scènes difficiles et esquive les autres. Scènes de théâtre, ralenties, lourdes, un peu appuyées parfois (ces travellings avant !), mais dans ce ralenti ponctué et pondéré, on retient son souffle, et on écoute. 

Le un pour deux joue tout du long : c’est parce que Paul finit la lettre qu’il révèle sa vérité. C’est en mettant sa main ensanglantée (le sang du meurtrier, pas du mort!)  sur celle de Walter et en finissant son nom, qu’il avait pris en main la culpabilité (séquence extraordinaire qui suffit à faire du film un chef d’œuvre : le mort les yeux ouvert, regard du mort et écriture. Qui eut pensé à faire du champ/champ avec un mort ?). C’est en l’accompagnant au piano lorsqu’il se met à jouer le violon qu’Anna termine l’histoire dans un ailleurs qui laisse un peu d’air. 

Le tout pour les parents, couple effrayant et émouvant à la fois, comme l’ensemble du film dont on ne sait s’il fait sien une monstrueuse ironie, une obscénité qui passe  et menace d’éclater à chaque instant (EL la titille), où ce qui est l’évidence, c’est le

Il faut vivre. Mais pour le reste, rien n’est moins sûr. 

La femme du côté de la réalité et du sens des proportions, donc de la bonne vérité. L’homme du côté de la vérité égoïste. 

La tirade du vieux en disant qu’il est pour les jeunes et que tout était de la faute des pères. 

Discrète féminité homo du héros pris dans des poses éplorées à la Marquise d’O, joli gosse à petit moustache, complètement rentré et hystérique, qui se fait aimer du père et de la mère plus encore que la fille. 

Belle séquence de l’épiage des commerçants dans la ville, qui fait à chaque fois sonner leurs sonnettes. Mignon et drôle au début, la séquence se prolonge tant qu’elle devient finalement effrayante. 

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