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Ninotchka (1939)

de Ernst Lubitsch

Robotique au début, délassée, humaine à la fin, épreuve de fatigue idéologique. Lubitsch ne croit qu’aux puissances de la bonne chair(e) (ouvrir des restaurants et fuir la mort ; le commissaire politique joué par Bêla Lugosi, le voisin sinistre qui est incapable de s’amuser), celle du rire qui fait se soulever le cœur (la conversion de Ninotchka n’a pas lieu par le sexe ou l’amour, mais par le rire, un rire réprimé et finalement libéré par ce dont le système Lubitsch est le plus loin : le burlesque d’un homme qui tombe). 

Chair chaire et rire déployés paradoxalement avec un souci intellectuel intellectuel majeur : des dialogues qui rebondissent sur des images propres comme des miroirs bien nettoyés. La Lubitsch’s touch est donc l’inverse d’un toucher : la jouissance d’une mise à distance par la désignation, le coup d’œil, l’affiche subliminale (et sublimée). 

Le chapeau jugé ridicule (« silly ») par Ninotchka l’est, assurément, ce qui ne le rend pas moins désirable. Lubitsch n’est pas un cinéaste pervers : ce n’est pas la transgression qui l’anime, mais la frontière de striptease du sexe, les variations du caché montré. 

Lubitsch est communiste comme Oscar Wilde : individualiste. Son film est moins anticommuniste (plaisir pour tous, tout le monde devrait avoir des dessous en soie, tout le monde devrait pouvoir loger dans un palace, on se partage nos quelques œufs etc) qu’anti idéologique : les idées scientifiques stérilisantes, la pensée « masse », la perte de la singularité etc. 

Une des plus belle idée de gag : Lénine souriant dans son cadre. Son audace porte sur ce qu’on faire et défaire à une image, la pâte levée du plaisir, du plaisir pour soi, du « bon vivant ». 

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